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Nos choix majeurs dans la vie: (4) à la recherche de notre boussole intérieure

Février 2017

Cet article met un terme, au moins provisoirement, à la série de ceux qui ont été consacrés dans ce site aux choix majeurs dans la vie ; il s'efforce de tirer quelques leçons à leur sujet. Ces choix-là nous demandent de reconnaître notre boussole intérieure, c'est à dire à la fois de la repérer et de suivre ses orientations, ce qui est loin d'être toujours facile comme on a pu le voir dans les articles précédents. Puisque le thème de ce site est nos quêtes dans la vie, s'intéresser à nos façons d'entrer en relation avec cette boussole intérieure, c'est s'approcher aussi du mystère de nos quêtes et de la façon dont nous donnons un sens à nos vie.

 

Quelques rappels, tout d'abord ... que vous pouvez sauter si vous avez lu les articles précédents

Dans le premier article de cette série, nous avions défini comme choix majeur dans la vie tout choix qui va contribuer significativement à façonner la personne que nous sommes et ce que nous faisons de nos vies. Il peut avoir trait, par exemple, au mariage, aux enfants, à la carrière, à l'engagement dans des études, dans l'art ou la spiritualité, à la lutte pour une cause, à l'installation dans une région et une habitation données, à l'adoption de principes éthiques de conduite...
Ces articles sont le produit d'une recherche menée par Denis Bourgeois et Phil Dixon. Pour des raisons de disponibilités personnelles, Denis a rédigé seul cet article mais l'ensemble du matériel collecté l'a été conjointement. Nous nous sommes appuyés pour ce faire sur notre propre expérience de ces choix majeurs, ainsi que sur notre expérience lorsque nous avons été amenés à aider d'autres personnes confrontées à de tels choix. Nous avons complété ces sources personnelles par des lectures et des entretiens sur cette question avec une quinzaine de personnes de nos réseaux, d'âge, de profil et d'origine variés. Elles nous ont parlé de leurs choix passés ou présents et, lorsque ces personnes étaient des coaches, de la façon dont elles aidaient leurs clients dans ces situations. Nous ne présentons donc pas dans ces articles le produit d'une recherche académique approfondie; on peut plutôt parler d'un essai documenté, écrit par des praticiens du choix - nous en sommes, comme tout un chacun. Les limites importantes de ce travail tiennent à l'échantillon des personnes avec qui nous avons parlé et aux lectures que nous avons faites, au temps que nous avons passé à y réfléchir, et, plus largement, à notre connaissance de nous-mêmes et de la vie.

Puis, quelques préalables... que vous pouvez aussi sauter, à vos risques et périls, si vous aimez entrer tout de suite dans le vif du sujet

Deux précisions sur l'esprit dans lequel ce travail a été entrepris.
Tout d'abord quant au but de cette recherche.
Nous n'avons pas cherché à faire un travail de sociologues, cherchant à comprendre comment et pourquoi certaines personnes ou certains groupes sociaux adoptent différentes approches de ces choix. La taille et la composition de notre échantillon n'ont pas été conçues à cette fin.
Nous n'avons pas non plus cherché à produire une loi permettant de dire comment l'on doit faire face à ces choix majeurs. Trop ambitieux et peut-être même impossible...
Notre but a été, d'une part, d'explorer le large éventail d'approches possibles, d'autre part, de voir si, derrière cette diversité, se retrouvaient quelque invariants, nous permettant d'approcher le mystère de cette boussole.

Ensuite, quant à certains choix dans les questions à explorer.
Nous sommes partis de l'hypothèse que les façons de faire face à ces choix majeurs valent quels que soient les domaines concernés : profession et carrière, famille, vie amoureuse...La plupart de nos interlocuteurs ou des documents consultés abondent d'ailleurs dans ce sens. Cependant, l'unanimité à ce sujet n'est pas totale et la question mériterait d'être approfondie, ce qui n'a pas été fait ici. De même, nous n'avons pas été très loin dans la distinction entre divers types de choix et dans la question de savoir s'ils requièrent des moyens différents pour y faire face. Par exemple, il y a des choix entre une option confortable et une option demandant plus de courage, ou encore entre une option de changement et une de statu quo. Il ne nous a pas semblé pertinent de suivre ce fil dans cet article, à quelques exceptions près.

Le texte qui suit est une synthèse qui se référera à tous les autres articles de cette série et, le plus souvent, aux 27 témoignages cités dans l'article précédent. Les références à ces témoignages reprendront les numéros qui leur ont été donnés dans le dit article. Pour éviter d'alourdir le texte, toutefois, tous les témoignages n'ont pas été cités dans cette synthèse, bien qu'ils aient tous servi à l'élaborer.

 

A la recherche de notre boussole intérieure : quelques principes généraux

Le choix : un processus qui se déploie dans le temps

... Parce qu'il comporte plusieurs phases qui s'enchaînent
Nous avons très souvent observé que les choix majeurs dans la vie ne se font pas à un instant t, une fois pour toutes. Nous avons recueilli quelques exemples qui ressemblent à cela dans nos entretiens, mais ils sont loin d'être majoritaires. En fait, dans ces exemples-là, tout se passe comme si les diverses phases détaillées ci-dessous étaient vécues en accéléré. Dans les autres exemples, ces phases se déploient d'avantage dans le temps; elles peuvent en outre ne pas se succéder de façon rigoureuse.
On peut en dénombrer trois:
- la gestation: il y a bien sûr, en amont, les péripéties du départ, le fait même de réaliser qu'un choix est à faire, l'identification des diverses options puis leur étude qui peut être plus ou moins longue et revêtir diverses formes.
- l'identification de ce qu'il convient de choisir: à un moment donné, la personne a conscience de l'option qui est la meilleure pour elle. Mais la voix en elle qui le lui souffle n'est pas nécessairement encore la seule à se faire entendre. Cette décision est encore mise en doute. La phase de gestation et celle-ci peuvent donc, pendant un temps être mêlées. Toutefois, la décision à prendre finit par s'imposer d'une manière ou d'une autre. On peut dire, à première vue, qu'alors la décision est prise. Mais vient une troisième phase...
- l'engagement: reste à mettre en oeuvre cette décision. Dans certains cas, cette mise en oeuvre va de soi. Dans d'autres cependant, elle n'est pas si simple, montrant par la même que la décision n'est pas encore complètement prise. Voici trois types de cas où cela apparaît.
Soit, cette décision implique un comportement constant sur la durée (ex. arrêter telle ou telle addiction), et le défi est alors de tenir la décision dans le temps, même lorsque l'énergie positive qui accompagnait la décision connaît des éclipses.
Soit, dans d'autres cas, la vie offre à la personne des opportunités de revenir sur sa décision et, par là-même, lui demande de confirmer son choix. Par exemple, une personne décide de ne plus accepter tel type de travail parce qu'elle a le sentiment que cela n'est pas bon pour elle. Comme par hasard, peu de temps après, on lui fait une proposition précisément de ce type de travail, dans de bonnes conditions, bien payé, alors que la personne n'a pas encore retrouvé un emploi conforme à ses souhaits. Il n'est pas rare, que, dans de tels exemples, la personne doive vaincre la tentation de renoncer à son choix ou à ses bonnes résolutions. C'est seulement lorsque de tels tests ne se présentent plus ou ne provoquent plus la moindre tentation que le choix est réellement fait.
Soit enfin, un début de mise en oeuvre de la décision permet à d'autres idées d'apparaître, qui modifient le choix initial. Par exemple, on décide d'habiter dans telle région ou tel quartier mais, en cours de recherche d'une maison à cet endroit-là, on récolte incidemment des informations sur une autre région ou un autre quartier qui finissent ainsi par apparaître comme celle ou celui où l'on doit finalement aller. Dans ce genre de cas, en fait, on pourrait dire que ce début de mise en oeuvre n'est qu'une poursuite de la phase de gestation, d'étude ou de tests d'options possibles, à la nuance près que la personne pensait avoir déjà fait son choix.

...Parce qu'il y a souvent un deuil à faire
Choisir, c'est renoncer. Le choix implique une perte, qui peut parfois être lourde dans le cas de choix majeurs dans la vie. Ne pas choisir aide à maintenir l'illusion que toutes les possibilités pourront advenir ; choisir l'une d'elles signifie accepter de renoncer aux autres et, avec elles, très souvent, renoncer aussi à certaines sources de confort psychologique qui nous ont aidés jusque là à calmer nos anxiétés. Le choix implique un deuil et l'on sait qu'un deuil demande du temps, variable évidemment suivant la nature de la perte et suivant les individus, mais jamais complètement compressible.

Les limites du rationnel: un second rôle mais pas sans importance

Nous l'avions posé comme préalable lors du premier article de cette série: les techniques de prise de décision rationnelle ne sont pas efficaces avec ces choix-là. Les entretiens que nous avons conduits confortent cette thèse et l'on peut aussi la prouver rationnellement. Rappelons ce que nous avions écrit à ce sujet dans le premier article. On ne peut pas procéder de la manière suivante : 1.décider de quelques critères de choix entre diverses options, éventuellement en leur affectant un coefficient ou un poids différents ; 2. évaluer comment chaque option satisfait ou pas à chacun des critères, à l'aide de ++ et de - - ou de notes : 3. calculer le score final totalisé par chaque option et prendre le meilleur score. Cela ne marche pas pour trois raisons principales.
Tout d'abord, dans ce type de choix, il y aura du pour et du contre pour chaque option qui ne se situent pas au même niveau, allant du très pratique au très immatériel, du court au long terme, et on ne peut pas les comparer sur la même échelle. Ensuite, puisque ces choix engagent l'avenir souvent à long terme, nous ne sommes pas nécessairement capables d'identifier à l'avance les critères de choix qui se révèleront les plus pertinents dans plusieurs années. Enfin, un choix rationnel suppose que l'on connaisse les conséquences futures de chaque option si elle était choisie, parfois à un horizon assez lointain. Ce n'est clairement pas possible. Tout ceci n'est pas nécessairement le propre des choix majeurs dans la vie ; toutefois, certains choix techniques peuvent, eux, être traités rationnellement, à tel point qu'ils peuvent éventuellement être délégués à un ordinateur (ex. choisir l'itinéraire le plus rapide pour se rendre quelque part). Il est également possible pour rester dans le domaine du rationnel, en cas d'incertitude sur les conséquences futures, de faire appel, comme les banquiers ou les assureurs, à des calculs de probabilité mais ceci ne vaut que s'il s'agit de choix souvent répétés. Cette possibilité rationnelle ne concerne donc pas les choix majeurs dans la vie; ceux-ci sont à chaque fois des cas uniques : on ne joue pas sa vie à pile ou face.

Le rationnel est-il pour autant complètement banni ? Certes non; il joue plutôt un rôle auxiliaire, comme un personnage secondaire dans une histoire mais qui a son importance. Il se retrouve sous sa forme élémentaire qu'est le raisonnement logique; il est généralement mobilisé par une personne pour évaluer la cohérence d'un choix avec d'autres éléments de sa vie. On le rencontre par exemple lorsque quelqu'un, face à un choix, se pose la question de sa ou ses priorités dans sa vie pour ensuite envisager comment, dans ce choix, respecter au mieux ces priorités. Il y a donc, dans ce cas fréquent, une portion de rationnel dans le processus de choix mais il vient pour seconder une prise de conscience, ou le rappel d'une base fondamentale qui, elle, lui échappe car étant du ressort d'une intuition ou d'une inspiration. Certes, l'on sait que certains philosophes ont cherché à fonder rationnellement même le but de leur vie mais il ne semble pas que ce soit ainsi que le commun des mortels fonctionne, du moins, parmi ceux que nous avons fréquentés.

Et puis, ne l'oublions pas, le rationnel est parfait pour justifier a posteriori ce que l'intuition a pu nous dicter comme nous le verrons plus bas.

Si le rationnel a donc ses limites dans ce domaine, s'il ne peut jouer le rôle principal, c'est donc bien vers l'intutition, ou l'inspiration, ou encore la boussole intérieure, comme on voudra l'appeler, qu'il convient de se tourner.

La peur est mauvaise conseillère

C'est une constante dans toutes les histoires de choix que nous avons entendues. Si un choix est difficile, c'est que la personne devra surmonter une peur pour être au final satisfaite de la décision qu'elle aura prise. La peur est mauvaise conseillère dit-on, et c'est bien ce qui est confirmé ici.
Peur de quoi ? Peur de l'inconnu et du changement, ou encore peur d'échouer, certes, mais ce ne sont finalement pas les plus redoutables. C'est ici qu'un passage de Marianne Williamson, rendu célèbre par un discours de Nelson Mandela, prend probablement tout son sens: "Notre peur la plus grande n'est pas d'être inaptes. Notre plus grande peur est d'avoir un pouvoir incommensurable. C'est notre lumière, et non notre noirceur, qui nous effraie le plus." (Marianne Williamson – Un retour à l'amour – Coll. J'ai lu p.158, elle même citant "Un Cours en Miracles" - Foundation for Inner Peace, USA). Très souvent, les personnes n'osent pas aller vers ce qui les tente le plus, vers ce qui les rapproche de ce qu'ils peuvent espérer de meilleur dans leur vie, comme si elles ne s'y sentaient pas autorisées, par d'autres mais surtout par elles-mêmes ( voir les témoignages n°2 et 21 dans l'article précédent).

Un paradoxe : le choix est un rendez-vous avec soi-même mais les autres sont bien utiles

Dans nos choix majeurs de la vie, nous sommes seuls face à nous-mêmes. Si nous sommes seuls, c'est parce que ces choix sont des invitations à affirmer ou à préciser qui nous sommes, en tant qu'individus uniques. Lorsqu'une personne, dans ces circonstances, choisit de « faire comme tout le monde », ou de se plier à ce qu'attend son entourage, cela sonne généralement faux. Pour autant, les histoires de choix que nous avons récoltées, dont plusieurs figurent in extenso ou partiellement dans les articles précédents, montrent que l'autre est très souvent présent. Non pas tant comme conseiller disant ce que la personne face à un choix doit faire, cela marche rarement, mais plutôt comme ce qu'on nomme aujourd'hui un coach. Evidemment, cet autre n'est pas nécessairement un coach professionnel, il peut être un conjoint, un parent, un ami ou un collègue. Sa première fonction est d'offrir une oreille bienveillante, permettant à la personne face à un choix d'exprimer à voix haute et de manière compréhensible son questionnement, voire ses peurs. Ses autres fonctions, que chacun remplit à sa manière, sont de questionner, d'encourager, de rassurer, d'ouvrir des horizons. L'autre apporte de l'oxygène lorsqu'on tourne en rond...

 

A la recherche de notre boussole intérieure : beaucoup de chemins, pas aussi différents qu'ils en ont l'air

Il y a beaucoup de chemins pour parvenir à être guidé par cette boussole intérieure. L'article précédent en donne 27 exemples et il ne les recense certainement pas tous. On peut presque dire qu'il en existe une infinité car, très souvent, tout au long du processus de choix, une personne va combiner plusieurs méthodes et chacun le fera évidemment à sa manière. Pourtant, derrière cette diversité, on peut déceler des constantes, au moins dans les exemples que nous avons rencontrés. J'en retire une hypothèse centrale, qui est d'ailleurs proposée telle quelle ou presque dans les témoignages n°14 et 15 de l'article précédent : une voix en nous sait, il suffit d'accepter ce qu'elle nous dit.

Une voix en nous sait

Cette voix qui sait est une autre façon de nommer notre boussole, ou encore l'intuition ou l'inspiration. Si notre vision du monde inclut une certaine transcendance, on pourra y voir à l'oeuvre la guidance de Dieu, d'un ange tutélaire, de la Puissance Créatrice ou toute autre appellation qui dépendra de l'approche spirituelle, pas nécessairement liée à une religion établie, à laquelle on est sensible. Si notre vision du monde exclut toute transcendance, on pourra y voir la manifestation de l'inconscient, qu'il soit celui de la psychanalyse, qui sait des choses que nous ne voulons pas voir, ou simplement celui des neurosciences, qui désigne cette part de l'activité cérébrale qui échappe à notre conscience. Mais, finalement, peu importe pour le sujet qui nous occupe ici ; pour l'essentiel, le résultat est le même.

Comment distinguer cette voix-là parmi celles qui se font entendre dans nos débats intérieurs ? Il n'y a pas de « truc » qui donnerait une certitude en ce domaine ; en tous cas, personne n'a été capable de nous en donner un. Deux indications reviennent cependant fréquemment dans les témoignages recueillis. La première est que cette voix, si on la suit, est source de sérénité. Comme le dit une personne citée dans l'article précédent (n°18), « on quitte le monde du choix et l'on passe dans celui de l'évidence ». Elle provoque toute une série de sensations, y compris physiques, qu'on peut apprendre à reconnaître au fil de sa vie. D'autres mots et d'autres sentiments qui lui sont associés sont énergie positive, paix, joie, amour (voir en particulier les témoignages n°5 et 6 dans l'article précédent). La seconde indication est que cette voix ne varie pas. Comme le dit un autre témoin dans l'article précédent (n°6), elle « résiste au temps », contrairement à d'autres. Mieux même, lorsqu'on l'écarte, elle revient périodiquement frapper à la porte. Comme l'indique un personnage cité ailleurs dans ce site . « On ne renonce pas à ses rêves, on apprend à vivre à coté mais ils sont toujours là ».

Que sait-elle, cette voix ? Peu importe si elle connaît le « bon choix » car cette notion est ambiguë, comme nous l'avons vu dans un autre article, ce qu'elle sait est le choix qui nous laissera en paix avec nous-mêmes.
Il peut arriver que sa réponse soit partielle, lorsque le choix est trop imposant pour la personne. Je pense à l'histoire de Joan, jeune femme fraîchement diplômée à l'orée de sa carrière professionnelle et qui se sent tiraillée entre deux façons possibles de mener sa vie. Ce tiraillement se traduit par un choix entre deux propositions de travail qui symbolisent deux façons d'être. On peut comprendre qu'à son âge, la question au fond de ce qu'elle va faire de sa vie soit trop imposante, qu'elle arrive trop tôt pour que Joan puisse y répondre clairement. Ce que la voix lui suggère, et qu'elle va d'ailleurs mettre un certain temps à accepter, est de prendre l'un des deux jobs, sans qu'elle ait l'impression d'avoir fait un choix de vie définitif, sans que le brouillard se soit vraiment dissipé. Quand le brouillard est trop dense pour voir loin, cette voix sait le premier pas à accomplir, charge à la personne de faire confiance pour la suite. Et il y a toujours un premier pas possible. C'est comme dans ces contes ou le héros ou l'héroïne se trouve dans une situation désespérée et inextricable et où il/elle trouve au fond de sa poche un petit objet en apparence insignifiant, un dé à coudre ou une allumette, qui va lui permettre de faire une petite chose mais qui lui donnera ensuite la possibilité d'en faire ensuite autre, qui ne pouvait se prévoir avant d'avoir fait la première, et ainsi de suite jusqu'à trouver la solution, jusqu'à ce que le brouillard se dissipe.

Qu'est-ce qui peut empêcher cette voix de se manifester ? La peur, nous l'avons vu un peu plus haut mais aussi l'agitation, le stress. D'où le fait que reviennent à plusieurs reprises, dans les exemples collectés, des pratiques qui visent à faire revenir ou maintenir le calme intérieur, la paix, une certaine élévation d'esprit (voir témoignages 3,5,6,7,13,15). Dans ces états-là, cette voix ne disparaît pas ; au contraire, ce sont les autres qui s'effacent, celles qui, d'ordinaire peuvent la rendre inaudible. On peut aussi dire que ces pratiques sont une bonne façon d'être prêts pour le jour où un choix majeur se présentera. La démarche qui consiste à remonter au but de sa vie, à ses priorités fondamentales (voir exemples 1, 7), pour ensuite considérer si le choix en train d'être est bien en accord avec elles, peut être vue comme une autre version de ce même mouvement. En effet, c'est bien dans les moments d'élévation, de paix et d'unité intérieures, que l'on peut voir clairement ces priorités.
Il arrive cependant que cette voix soit perçue et reconnue dans d'autres circonstances, plus proches de l'état de conscience du quotidien. D'autres méthodes en effet, présentes dans les exemples collectés, peuvent également aider cette voix à se manifester mais on peut aussi bien dire qu'elles aident à accepter d'entendre cette voix et à accepter ce qu'elle dit. Ce sera en tous cas l'hypothèse dans cet article. En effet, il est très difficile de discerner, dans certains cas, si nous n'avons pas entendu, si nous ne voulons pas entendre ou si nous avons entendu mais n'acceptons pas de suivre ce que nous entendons. Peu importe finalement : lorsqu'à un moment tout s'éclaire, qu'une évidence s'impose, c'est de toutes façons à la fois parce que nous avons entendu et accepté.

Il suffit d'accepter ce qu'elle nous dit

L'exemple n°1 est typique. L'homme, appelons-le Stan, dit que, quand il a reçu la lettre lui proposant une promotion, il a ressenti qu'il ne l'accepterait pas et donc, qu'il allait quitter son employeur. La voix qui sait a parlé. Commence alors tout un travail d'acceptation. Certes, il en parle à son épouse parce que la décision affecte le budget familial, mais il lui en parle aussi parce que dit-il, c'est une excellente coach. Ceci renvoie à la citation mentionnée dans l'exemple n°19 : «...lorsqu'un client vient en coaching pour prendre une décision qu'il a à prendre, c'est qu'il l'a déjà prise...". Ce que son épouse-coach l'aide à faire est d'accepter sa décision, de se rassurer sur sa cohérence avec ses priorités. Le fait de l'expliquer à ses filles est aussi un moyen de clarifier ce qui se passe en lui.
Dans cet exemple, ce temps nécessaire à l'acceptation a été très court. Dans d'autres, il peut être beaucoup plus long car cette voix qui sait peut être dérangeante, si en nous quelque chose demande à être clarifié, si nous ne sommes pas en harmonie avec nous-mêmes dans les domaines que le choix concerne.... Sachant qu'une disharmonie ou une ambiguité dans un domaine peuvent en cacher dans d'autres. Les choix majeurs dans la vie, lorsqu'ils posent problème, sont des outils de réharmonisation intérieure.

D'où les peurs, d'où la nécessité de faire un deuil, mentionnées plus haut, d'où le besoin de se rassurer par rapport à ce que la voix qui sait propose. D'où également la variété de méthodes permettant d'accepter ce que cette voix nous dit. On peut les regrouper en quelques grandes catégories, chacune ayant sa logique propre mais toutes concourant au même but. En fait, aucune de ces méthodes ne donne la solution par elle-même : pour la plupart au moins, elles jouent toutes un rôle de déclencheur, elles font faire un travail qui permet qu'à un moment donné, l'intuition et l'évidence surviennent.

Clarifier le choix : oser y inclure ce qui importe vraiment

C'est un travail que plusieurs coaches mentionnent mais qui peut aussi se faire seul. La personne butte sur un choix tant que son problème est mal posé. Dans le cas de l'exemple n°12, la jeune femme prend conscience d'un critère majeur de choix auquel elle n'avait pas pensé, et ce critère est lié à rien moins que sa capacité à être elle-même dans le travail qu'on lui propose. En même temps qu'elle prend conscience de cela, elle a l'intuition d'avoir trouvé le job qu'il lui faut. Souvent, lorsque le problème est mal posé, un élément majeur manque dans les critères de choix ou dans les options entre lesquelles choisir. Comme le dit le coach de l'exemple n°11, « Parfois les gens oublient de privilégier ce qui les fait le plus vibrer, comme s'ils pensaient que ce serait incongru. Ils ont comme le besoin de se donner la permission". C'est aussi ce que dit le coach de l'exemple n°8: "Parfois, les meilleures options sont délaissées parce que la personne n'ose pas y penser ou en parler." L'exemple n°17, où il s'agit de fixer ses conditions pour qu'une option soit acceptable, est de la même veine. Plutôt que de subir le choix tel que d'autres l'ont formulé, la démarche décrite consiste à reformuler le choix d'une façon qui permette à la personne de s'y retrouver pleinement; il devient alors beaucoup plus facile.

Avec le temps...

Parfois, il faut simplement du temps pour que la décision mûrisse, que le deuil se fasse. L'exemple type est le n°2, où la personne, appelons-là Bima, ne sait pas très bien comment elle s'est lancée dans son projet alors que, quelques années auparavant, il lui faisait trop peur. La citation de l'exemple n°18 va dans le même sens. L'avantage de prendre son temps, quand toutefois cela est possible, est que cela laisse des périodes entières où l'on ne pense pas à ce choix. C'est parfois en n'y pensant plus que la décision approche. Ceci nous amène à la catégorie suivante.

Désamorcer le mental

Laisser du temps pour que la décision mûrisse, mais aussi, "la nuit porte conseil" (voir exemple n°27) sont des méthodes qui nous indiquent qu'une bonne façon de faire avancer un choix est de ne plus y penser pendant un certain temps, donc de court-circuiter le mental.
C'est un élément central que l'on retrouve dans beaucoup des exemples et des méthodes mentionnés dans l'article précédent. L'attention portée aux réactions émotionnelles et corporelles immédiates face à une proposition ou une opportunité (voir témoignages 11,16, 21) va dans ce sens, que nous notions nous-mêmes ces réactions ou que d'autres nous les fassent remarquer . Le mental n'a pas le temps de s'en mêler. Quelque chose d'autre s'exprime, qu'on ne peut pas manipuler. Il en va de même avec les rêves. Cela dit, on peut toujours manipuler l'interprétation que l'on se fait de ces messages non-verbaux. Pour autant, comme indiqué plus haut, ces messages peuvent jouer un rôle de déclencheur. L'exemple n°9 illustre bien cela. Il y a toujours plusieurs interprétations possibles à un rêve et, dans son cas, le rêveur, appelons-le Alain, en privilégie immédiatement une à son réveil en même temps que le rêve déclenche en lui cette prise de conscience et cette acceptation de la voix qui sait. A-t-il fait "la bonne interprétation" de son rêve? On ne le saura jamais, si tant est qu'il en existe une mais peu importe. L'important est ici qu'Alain a pu par ce chemin orienter son choix d'une manière qui le satisfait.
L'exemple n°16 est également parlant. Le coach propose à sa cliente un exercice qui paraît des plus rationnels: attribuer des notes aux différentes options en fonction des critères de choix qu'elle a définis, puis faire les totaux et parvenir à une note globale pour chaque option. Pourtant, il s'agit simplement d'un prétexte. Ce qui va importer, c'est la réaction physique et émotionnelle de la personne lorsque son coach va lui donner les résultats de ses notes, pas le résultat lui-même.
Le rêve, les notes sur des critères, dans ces deux exemples, sont comme des échafaudages, qu'on replie et qu'on oublie une fois la maison construite.
Des échafaudages, il en existe d'autres et ils ne sont pas rares dans les exemples collectés.
On peut ranger dans cet ensemble tous les questionnements qui décalent la personne du point de vue habituel avec lequel elle regarde son problème de choix. Par exemple, comment verrais-tu cela sur ton lit de mort (exemple n°7) ? Quelle vie mèneras-tu quand ton fils aura dix ans (exemple n°10) ? Faire défendre les diverses options par d'autres (exemple n°22) procède de la même intention. Par extension, on peut inclure dans le même ensemble le fait de parler à un autre des options entre lesquelles on hésite et de prêter attention à la manière, parfois inattendue, dont on traite chacune d'elle. Parler à quelqu'un d'autre, surtout si il ou elle est neutre par rapport au sujet, est aussi un moyen de décaler son point de vue.
On y trouve également les questionnements qui font imaginer et, si possible ressentir l'expérience qui serait vécue suivant les diverses options (exemples n°25 et surtout 26), démarche très "cerveau droit".
De manière surprenante, on peut aussi ranger là les avis que nous donnent les autres sur le mode: "à ta place, je ferais cela". Comme dit plus haut, dans nos choix majeurs, les autres ne peuvent se mettre à notre place mais ce qu'ils nous disent peut servir de déclencheur. Un bel exemple figure dans l'exemple n°4 où Diana réalise qu'elle n'aime pas du tout ce que lui conseille un ancien mentor. Cela l'aide à avancer vers l'acceptation de ce qu'elle sent devoir être son choix.

On le voit, cette rubrique est très fournie, et encore, pour ne pas alourdir ce texte, ne figurent ici que quelques-unes des méthodes parmi celles qui ont été collectées et qui sont citées dans l'article précédent. Ce mental que, si souvent, on cherche à court-circuiter semble bien être un obstacle de première importance...

Se rassurer

Voilà un autre point important, directement lié aux peurs dont nous avons parlé plus haut ! On peut se rassurer seul mais les autres sont souvent utiles. La prudence et la peur ont en commun d'envisager des dangers potentiels mais la prudence les évalue froidement alors que la peur en fait des fantasmes. Les fantasmes se dégonflent plus ou moins facilement et le fait d'en parler à d'autres, d'être amené, explicitement ou implicitement, à reconnaître sa peur et, par là-même, son substrat irrationel, peut y aider. Un questionnement du type "qu'est-ce qui pourrait t'arriver de pire dans cette option ?" (exemple n° 25) peut aussi être un moyen de défantasmer.
Inversement, on peut se rassurer en vérifiant, auprès de personnes de confiance, que l'on est bien prudent, que l'on a bien envisagé les risques de l'option en voie d'être choisie, que l'on n'a pas oublié un élément clé. Si un risque est en effet de fantasmer sur les dangers, donc de leur donner une importance démesurée, un autre est de fantasmer sur l'option choisie au point de perdre "les pieds sur terre".
Pour certains, cela passe par la rationalisation a posteriori la décision, de la présenter de manière rationnelle à des tiers, donc de trouver des arguments "présentables" dans le milieu social où l'on se trouve. Dans notre société occidentale, en tous cas, il est souvent plus facile de se présenter ainsi en être rationnel qu'en disant: "je l'ai senti comme cela" ou bien "j'ai fait un rêve et j'en ai compris que je devais choisir cela".
Cependant, comme on l'a vu plus haut, le raisonnement logique peut aussi rassurer s'il permet de constater que ce que la voix qui sait nous propose est cohérent avec d'autres choix faits ou en train de se faire ou avec les priorités dans la vie.

Les signes

Voici peut-être une catégorie de méthodes qui, contrairement à toutes les autres, ne peut pas se concevoir en dehors d'une vision du monde incluant une transcendance, sous une forme ou une autre.
Une ancêtre de ces méthodes, que nous n'avons pas rencontrée dans nos exemples contemporains, est celle des augures. L'état des entrailles d'un oiseau sacrifié ou autre élément naturel, à condition d'être bien interprêtés, disent l'avenir ou ce qu'il y a lieu de faire. Ou bien encore la divination au travers d'éléments fournis par le sort, comme le Yi King ou le Tarot.
Nous avons cependant rencontré des rejetons de cette très ancienne famille. Il y a en fait trois sortes de signes, qui suivent une gradation.
Les signes les plus explicites sont les évènements que l'on peut considérer comme la conséquence logique de la volonté supérieure qui guide la destinée de la personne. Par exemple, une personne choisit une voie professionnelle mais elle ne trouve que des portes fermées. Ce peut être un signe que là n'est pas son chemin. Ensuite, il y a les coïncidences, ou les synchronicités pour reprendre un terme de Jung. Par exemple, on hésite à s'engager dans un projet qui nous conduirait en Italie et, au moment de répondre, un passant se met à chanter une chanson italienne. Evidemment, cela peut ne rien vouloir dire mais cela peut aussi être interprêté par la personne comme un signe qui lui est envoyé, si elle croit que ceci est possible. Le tout est alors de ne pas sur-interprêter ce qui se présente, les signes de ce genre pouvant ne pas toujours être clairs. C'est d'ailleurs ce nécessaire entraînement au décodage des signes que souligne le témoignage n°15. Enfin, il y a les conventions arbitraires que se donne un individu, le signe n'ayant alors plus vraiment de rapport logique avec le choix à effectuer. Un bel exemple est celui de l'homme du témoignage n°20, appelons-le Henri, qui s'engage dans une relation féminine si, dans le moment où il se pose la question, il voit un papillon sous une forme ou une autre. Cela marche pour lui, parce qu'il s'est donné cette convention personnelle. Quant à l'absence de lien logique entre le signe, le papillon, et le sujet, les relations féminines, il n'est d'ailleurs peut-être qu'apparent, Henri ayant apparemment pas mal papillonné dans sa vie...

Persévérer

Enfin, certains choix demandent de la constance ; ce sont notamment ceux qui portent sur un changement de comportement permanent et sur le long terme. Renoncer à une addiction, adopter certaines pratiques positives dans sa vie de tous les jours entrent dans cette catégorie. Une chose est d'en prendre la décision, à un moment où le besoin en est ressenti fortement, autre chose est de tenir sur la durée.
Les méthodes qui nous ont été mentionnées tournent autour de deux principes (témoignage n°24). Le premier est d'organiser autour de soi un nombre suffisant de rappels, sous toutes sortes de forme, pour ne pas oublier la bonne résolution. Le second, sans doute le plus puissant, est de ne pas rester seul avec sa résolution. L'annoncer publiquement, au moins à des êtres proches, transforme ces derniers, volontairement ou non, en témoins potentiels des moments de faiblesse voire en veilleurs bienveillants.

 

Conclusion

Vous qui cherchez parfois votre chemin, chers compagnons de la grande course d'orientation qu'est la vie, je ne sais si ces lignes vous aideront à sentir et écouter votre boussole quand d'aventure vous perdez le contact avec elle. Elles sont comme un buffet où chacun se sert à son goût. Peut-être, comme ces échafaudages évoqués plus haut, certaines d'entre elles pourront-elles parfois servir de déclencheur, ou encore aider à quelques travaux d'approche. Avec ces lignes ou par toute autre voie, je vous souhaite en tous cas de bien vivre vos choix futurs.
Ces lignes auront au moins aidé, pour sa part, celui qui les a écrites. Avant même de me lancer avec Phil dans cette recherche, j'avais parfois le sentiment d'une boussole; je la situais, du fait des sensations physiques subtiles qu'elle me procurait, au milieu de la poitrine, au niveau du coeur, ce qui résonne d'ailleurs très bien avec certains des exemples décrits ci-dessus. Pour autant, si j'ai malgré tout éprouvé le besoin de faire cette recherche, c'est que cette question des choix-clés dans la vie était loin d'être simple pour moi. Au fur et à mesure de cette recherche et en écrivant ces lignes, s'est renforcée en moi la conscience de cette boussole. L'idée est finalement réconfortante, même si elle ne suffit pas à tout résoudre: cette voix qui sait existe au fond de nous, il suffit de l'écouter.

Commentaires  

 
#2 JM 10-03-2017 10:45
"Le choix est une affaire d’expérience, de discipline et de retenue...Des esprits qui vagabondent aspirent en vain aux hauteurs pures de la perfection, celui qui veut de grandes choses doit concentrer ses efforts, seule dans la limitation la maitrise peut se révéler, et la loi seule peut nous donner la liberté.” Le peintre Léo Marchutz, cité dans "Léo Marchutz, entretiens avec François de Asis - François de Asis -
A l'Atelier, Aix-en-Provence, series Carnets de Voyage - 2014
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#1 Yves MICHEL 04-03-2017 13:46
Bonjour Denis et bravo pour ce travail de recherche et de synthèse que tu et vous avez réalisé ici !
Tâche d'une immense ambition, sachant que ces déterminants de choix essentiels sont aussi très personnels, et car tu savais à priori que tu ne pourrais pas apporter de "réponse" claire...
Je trouve que tu as bien synthétisé quelques éléments clé, de mon point de vue.
Une suggestion : insister sur la connaissance de nos préférences (genre MBTI, ou neurosciences); en effet, par exemple, un introverti et un extraverti s'appuieront sur des critères très différents pour faire leurs choix...
Je fais le voeu que ces éléments apporteront quelque lumière à chaque lecteur/trice...
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