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Un PDG change de vie - Charles

Mars 2013

Charles a réussi dans sa carrière de CEO (PDG dans le monde anglo-saxon). Il l’a quittée alors qu’il n’avait pas atteint l’âge de la retraite  après une période de transition, il est devenu consultant d’une manière bien spécifique et il est heureux de sa nouvelle vie.

Tu sembles avoir trouvé ton Graal, ta place dans le monde, ta façon d’agir dans le monde. Comment y es-tu parvenu ?

Je ne sais pas...Cela semble être le hasard, une sorte de coïncidences heureuses. Il y a eu des péripéties et des détours, comme dans le mythe de Perceval. Et comme dans le mythe, c’est important de rester authentique.

 Est-ce que tu as le sentiment d’être plus authentique que quand tu étais CEO ?

Oh oui, de beaucoup. Et c’est un sentiment formidable.

 Peux-tu en dire plus sur ce parcours de changement ?

Le sort y a été pour beaucoup. Cela a commencé avec un entretien que j’ai eu en vue d’être admis dans un programme d’Executive Master dont le sujet était le changement organisationnel. J’ai été intrigué et attiré. Le programme semblait ouvert, comme une invitation à une découverte ; le directeur du programme ne me promettait pas «  à la fin, vous serez capable de faire ceci ou cela... »

Une des choses que j’ai appréciées dans ce programme a été de redevenir étudiant. On ne devrait jamais s’arrêter d’apprendre ; et les adultes n’apprennent pas en écoutant simplement des conférences mais en étant impliqués dans un processus d’apprentissage. C’était le cas là. J’en ai retiré énormément de satisfaction. J’ai exploré de nombreuses pistes. J’ai pu voir combien complexe est le changement. J’ai aussi aimé faire une recherche et écrire un mémoire. Le sujet en était l’intégrité : comment rester intègre dans une organisation malgré les pressions en vue de fournir aux actionnaires un retour à court terme.

 Qu’est-ce que cette recherche t’a apporté ?

Elle m’a confirmé que ceux qui restent toujours intègres en bénéficient, tout comme leur entreprise. Cela leur permettait d’établir la confiance et de bâtir de la valeur à long terme pour l’actionnaire. Cela m’a donné du courage, un nouveau courage. Quand j’ai commencé la recherche, c’était juste une théorie ; à la fin, c’était vraiment la réalité. Ça a été libérateur.Donner confiance, c’est un énorme contrat ; il est difficile de le trahir. C’est un bien pour la longévité d’une entreprise comme pour les individus ; elle leur donne la tranquillité d’esprit.

 Est-ce que cette recherche t’a aidé à devenir quelqu’un de différent ?

Oui, elle a ouvert de nouveaux chemins, en termes neurologiques. Le questionnement a ouvert de nouvelles perspectives.

Quelles perspectives ?

Ceux qui étaient restés honnêtes étaient inarrêtables. Cela m’a aidé à trouver comment aider des gens qui sont dans des situations où je me suis trouvé.

 Que s’est-il passé ensuite ?

La recherche et le programme m’avaient donné une bonne base pour les étapes suivantes mais c’était seulement le début du chemin. Je  trouvais que je n’avais pas assez d’outils dans ma boîte à outils pour aider des organisations à changer et apporter quelque chose. C’est alors que j’ai rencontré Bernard Moore à Trinidad, où je faisais une mission de conseil.  A cette époque, de par mon expérience de CEO, je ne pouvais pas croire qu’on pouvait changer la culture d’une organisation. J’ai été à une de ses conférences, puis à une autre, et j’ai fini par suivre plusieurs cours d’une semaine sur une année pour devenir certifié en Appreciative Inquiry (AI). AI est une méthode de changement fondée sur le positif et les atouts présents dans l’organisation, elle crée de nouvelles possibilités pour les collaborateurs. Je me suis senti comme chez moi. C’était comme si j’avais toujours été là. Ça a été un éveil, une révélation. Je me suis dit : «  Maintenant, je comprends quand les choses allaient bien ». En général, les gens font juste leur travail, sans passion ; du coup, leur organisation ne va pas bien. AI n’est pas seulement une méthodologie, c’est une philosophie ; elle peut être appliquée dans beaucoup de domaines, d’une famille à un pays. Prends Singapour : grâce à la vision de son leader, même si c’est un dictateur, c’est devenu un pays riche et puissant. AI est un moyen de voir les possibilités infinies qui peuvent amener un meilleur avenir, en mobilisant toutes les personnes concernées. Les gens se sentent motivés et impliqués quand ils ont le sentiment que ce qu’ils disent est pris en compte. Cette philosophie résonnait bien avec moi et mon expérience. Quand j’ai réussi comme CEO, je la suivais intuitivement. Quand je ne la suivais pas, j’ai échoué, mais je ne comprenais pas pourquoi. Maintenant, quand je parle à des dirigeants, c’est avec cette philosophie que je me sens bien. AI te donne un processus pour impliquer tout le monde dans l’organisation, pour les aider à commencer à réfléchir à leur rôle dans le changement et à ce qu’il peut leur apporter. J’apprécie aussi la fraternité de la communauté de praticiens dans laquelle cela m’a introduit. C’est un mouvement qui a maintenant 25 ou 30 ans et qui devient de plus en plus connu.

 Est-ce que tu as quitté ton job de CEO parce que tu avais atteint l’âge de la retraite, ou parce que tu y étais obligé d’une manière ou d’une autre, ou bien parce que tu as décidé de le quitter ?

C’était un choix personnel. Je n’avais pas atteint l’âge de la retraite. Je perdais de plus en plus mes illusions par rapport à ce que je faisais, bien que j’y réussissais.

 Est-ce que ce changement d’activité s’est accompagné d’un changement personnel ?

Oui. J’ai pris des décisions dans ma vie personnelle ; si j’étais resté soumis à un bon nombre de choses que je considérais comme des devoirs, je n’aurai pas pu faire ce chemin et je serais resté dépressif, pas au sens clinique mais avec un sentiment de non-accomplissement. J’ai décidé que c’était ma période, que les enfants étaient assez âgés et que je devais maintenant m’occuper de moi.  Le sentiment de responsabilité vis-à-vis des autres m’a vidé d’une certaine façon. Je haïssais 60 à 70% de ce que je faisais professionnellement.

 Qu’est-ce qui a déclenché cela ?

Je ne sais pas. Je suppose que quand tu es descendu très bas, ou tu abandonnes ou tu décides de changer ; la vie devient si détestable que tu as le courage de le faire.

... J’ai totalement changé ma façon d’animer des séminaires. Avant, on m’appelait Monsieur Power Point. Maintenant, je n’utilise plus Power Point. Je prépare mes séminaires très sérieusement mais les participants apprécient généralement le coté ludique du séminaire.

 C’est un beau chemin...

Oui, et c’est agréable d’en parler. Je ne peux pas le faire avec cette profondeur avec beaucoup de gens.

 Tu as parlé de Perceval ; il y a effectivement pas mal de point communs avec ton chemin : quitter la forêt, suivre un conseil inadapté qui te détourne de ce que tu es véritablement, puis se libérer de cette influence. Cela ne l’amène pas directement au Graal. Il doit auparavant mieux comprendre à la fois lui-même et ce qui lui est arrivé.

Oui, c’est ce qui m’est arrivé aussi, pas consciemment ; le développement personnel est important dans ce chemin, une meilleure compréhension de soi-même, une intention délibérée de permettre aux choses de se produire.

 Parmi ces 60 ou 70% de choses que tu haïssais, y avait-il des actions malhonnêtes que étais forcé de faire ou d’accepter ?

Oui.

 C’est là le lien avec ton mémoire que sur la possibilité d’éviter la corruption ?

Oui.

 Finalement, au travers de l’AI tu permets à des gens de faire en quelque sorte le chemin que tu as fait ou que tu fais ?

Oui, cela donne aux gens plus d’opportunités pour agir selon leur propre vision, de ne pas seulement travailler pour gagner de l’argent. J’ai fait un peu d’accompagnement ; il semble que j’ai pu convaincre des gens qu’ils peuvent diriger leur vie plus qu’ils ne le pensent. S’ils font quelque chose qui les rend malheureux, ça ne rendra personne d’autre heureux.

 D’autres personnes aujourd’hui s’embarquent dans des chemins similaires, par exemple en quittant des jobs ou des situations où ils sont malheureux. Quel conseil leur donnerais-tu ? 

Faites le ! Allez-y ! Ne restez pas où vous êtes. Etre satisfait de 40% de ce que vous faites dans votre job ou votre vie, ce n’est pas suffisant. Peut-être vous serez critiqués ; vos proches pourront peut-être vous dire que vous êtes égoïste. Si d’avantage de gens agissent comme cela, prennent de tels chemins, de nouvelles choses peuvent arriver.

 


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