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Histoire de choix: (1) les enfants de Diana

Février 2015

Diana a récemment effectué un grand changement dans sa carrière et dans sa vie. Elle travaillait depuis 5 ans comme responsable RH dans une entreprise moyenne.

 

J’étais passionnée par mon travail et ma carrière. J’ai deux enfants, une fille de 12 ans et un garçon de 4 ans mais je dois dire que ma priorité n°1 était mon travail. Les enfants venaient en  n°2. Je faisais beaucoup d’heures au bureau et je rentrais tard le soir à la maison.  Ma mère m’aidait pour les enfants mais je culpabilisais souvent. Quand je rentrais à la maison, une partie de moi-même restait au bureau.  Mon cerveau était séparé en deux, je ne coupais jamais vraiment. J’avais de grosses responsabilités dans mon travail et, comme je suis toujours très impliquée dans ce que je fais, je n’arrêtais pas de penser à ce que j’avais à faire au bureau. Parfois, j’ai dû annuler au dernier moment un engagement que j’avais pris à l’école des enfants à cause d’une urgence au travail.

Et puis, en Janvier dernier, mon entreprise a changé d’organisation. Du coup, je me retrouvais à passer encore plus de temps au travail ; ma charge de travail avait doublé sans augmentation ni reconnaissance. J’ai accusé le coup mais j’ai continué durant les mois suivants. En Mai, j’ai entendu parler d’une opportunité de job comme secrétaire de direction. Je n’avais pas décidé de quitter le mien mais j’ai quand même décidé d’aller au premier entretien.

A peu près à cette période-là, quand j’étais à la maison, j’ai commencé à être touchée par les remarques que me faisait ma fille. Elle m’a dit plusieurs fois : « Qu’est-ce qui ne va pas Maman ? ».  Elle disait que je n’étais pas avec eux quand j’étais à la maison. Elle voyait juste...Les premières fois qu’elle m’a dit cela, je n’y ai pas fait attention, ou je n’ai pas voulu écouter. Et puis, cela a fini par me toucher.

Donc, j’ai été à cet entretien. C’était une entreprise plus grosse. Si je prenais le job, je serais même mieux payée que je ne l’étais alors, et je n’aurais pas à faire de longues journées.

C’était une décision difficile... Ils ne m’avaient pas encore fait une offre mais je sentais qu’ils allaient le faire.

J’en ai parlé à mon mari ; il m’a dit qu’il me soutiendrait, quelle que soit ma décision. J’ai aussi parlé à un ancien patron qui était une sorte de mentor pour moi. Il m’a conseillé de continuer avec la même entreprise mais en essayant de changer de poste. En un sens, cela m’a permis de clarifier que je ne voulais pas ça... Du coup, je suis allée voir ma DRH et je lui ai parlé de mon intention. C’était prendre un énorme risque puisque je n’avais pas d’offre officielle de l’autre entreprise mais c’était important pour moi d’être clair avec elle. En fait, elle a été très encourageante ; après cet entretien, j’avais sa bénédiction ! Cela m’a confortée dans ma décision et m’a beaucoup soulagée ! Au fond de moi-même, je réalisais que mes enfants devaient devenir ma priorité maintenant, c’était mon devoir de mère.

Puis, j’ai reçu l’offre officielle de l’autre entreprise et j’ai commencé à travailler chez eux en Juillet.

 Cela ne veut pas dire que le choix fut simple. Diana a dû surmonter un bon nombre de peurs et d’hésitations ; ce fut pour elle une période très inconfortable.

Cela a été une des décisions les plus difficiles de ma vie.  Quand j’étais négative, je me tournais toujours en pensée vers l’image de mes enfants. J’y revenais toujours quand je perdais pied. Je me disais aussi que je pourrais toujours retourner dans les RH, si je voulais, quand mes enfants seront plus grands. Dans cinq ans, ils n’auront peut-être pas autant besoin de moi que maintenant. Je n’ai pas coupé les ponts. Mais au moins, je n’aurai pas de regrets. Parfois, je craignais qu’un job de secrétaire de direction ne soit pas bon dans un CV. Et puis, finalement, je me suis dit : « Quelle importance ? Qu’est-ce qui me rend heureuse ? ».

Je dois dire que mon mari mais aussi ma famille proche (mes parents, mes sœurs) m’ont encouragée. Je crois que l’opinion de ma famille compte beaucoup pour moi. S’ils avaient été complètement contre, je n’aurais pas fait le pas.

Signer concrètement pour ce job a été difficile. Je me disais « ça y est ! ». La dernière semaine dans mon job précédent a été terrible. J’avais l’impression que le monde était chamboulé. De plus, ma grand-mère était à l’hôpital et elle est décédée. Là encore, l’image de mes enfants m’a aidée. Mon mari aussi m’a aidée à ne pas voir les choses comme si c’était la fin du monde.

 Maintenant, je suis ravie de ma nouvelle vie. Je suis à la maison presque tous les soirs à partir de 5 heures. Le travail n’est pas ce que je craignais ; je l’apprécie, j’ai des responsabilités, je suis bien considérée, j’y apporte beaucoup de ce que j’ai appris auparavant. C’est une grande entreprise mais je profite du meilleur de deux mondes : je travaille dans une petite unité, on s’amuse, et c’est d’accord avec tout le monde que je parte à 5 heures, sauf cas exceptionnels... qui de plus sont payés en heures supplémentaires ( !).

J’ai pris un risque énorme que j’aurais pu facilement regretter. J’avais peur de sacrifier mon bonheur pour celui de ma famille. Heureusement, j’ai le meilleur des deux mondes. Plus le temps passe, plus je suis reconnaissante d’avoir fait ce changement.

 

Notes de la rédaction:

Ce témoignage est une belle illustration du texte de Goethe sur l’engagement  (voir par ailleurs dans ce site)

 Les histoires de choix présentées ici, sont une façon dans ce site d’aborder le sujet des choix clés dans la vie. Une autre façon consiste en une série d’articles en cours, en partie inspirés par ces histoires, dont deux sont déjà publiés: Nos choix majeurs dans la vie: (1) ce qui les rend spéciaux...et parfois difficiles et Nos choix majeurs dans la vie: (2): en existe-t-il de mauvais ?

 

 


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