• Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

Rencontre avec l'aigle

vertige-d-une-rencontreAoût 2013

« Vertige d’une rencontre » est un film documentaire ; il raconte ce que son réalisateur, Jean-Michel Bertrand, appelle lui-même une quête, celle de rencontrer, voir de près et filmer des aigles, dans les Alpes. C’est magnifique ; si vous êtes sensible aux questions qui sont explorées dans ce site vous ne pourrez pas ne pas être touché(e) par ce film.

 

Le film est d’abord beau évidemment de par ses images splendides des Alpes, des vols d’oiseaux et des bonds de chamois.

Mais il offre bien plus que de belles images.  Jean-Michel Bertrand réussit à nous faire partager ses émotions, ses émerveillements au long de sa vie au quotidien dans cette nature somptueuse. L’ambiance créée par le film nous fait comme pénétrer dans la profondeur de cette nature à la fois belle et mystérieuse, comme si la coupure qui nous sépare d’elle, nous, êtres « civilisés », était pour un temps réduite.

Et il y a plus encore.   Le film nous fait vivre une quête. En cela, il est passionnant parce qu’il nous montre le quotidien de cette quête, ses difficultés, ses doutes et ses joies.  Il a fallu à Jean-Michel Bertrand deux ans, de nombreux jours et de nombreuses nuits d’observations souvent infructueuses, dans le froid, la neige ou la chaleur,  pour commencer à s’approcher des aigles.  Il faut bien un enjeu majeur pour surmonter de telles difficultés et c’est sans doute la profondeur de cette quête qui donne au film toute sa beauté. On la perçoit, cette profondeur, dans le film, au fil des commentaires et des images. Mais ne manquez pas, dans le DVD, l’interview de Jean-Michel Bertrand ; elle est aussi belle est passionnante que le film lui-même et il y parle de cette profondeur. Au travers de l’aigle, c’est à la fois l’inaccessible, le mythique, « un peu le Graal », l’oiseau symbolique qui résonne en nous. Comme il le dit lui-même, cette quête de l’aigle est aussi une quête de lui-même, et son film peut nous toucher parce que c’est cela qu’il partage.

Voici le sens de cette rencontre avec l’aigle, tel qu’il le décrit :

La rencontre peut être...à un triple sens. La rencontre c’est quoi ? C’est au premier degré la rencontre avec l’oiseau, cet oiseau mythique pour moi et inaccessible, la rencontre basique, cette quête. Et puis c’est aussi, on peut le dire, après ces années de recherches, d’affûts, de galères, de doutes et puis en même temps de magnifiques récompenses, c’est peut-être la rencontre un petit peu avec moi-même, avec ces décisions de faire un trait sur une profession gratifiante, très à la mode  de reporter etc... pour se retrouver tout seul planté sous une tente à te demander ce que tu fous là et en te disant que, pendant toutes les semaines, les mois et les années que tu as mis à trouver certains animaux, tu pourrais écrire des tas de scripts, tu pourrais faire des tas de boulots, tu pourrais faire plein de choses, il y a des moments où tu doutes. Tu te dis mais attends, je fais quoi là ? Donc là tu te retrouves toi-même, face au silence, face au doute, face au temps qui passe. Et puis, il y a une troisième rencontre, peut-être, qui est la plus gratifiante au final, c’est la rencontre avec le public parce que, bon, pourquoi on fait des films, pourquoi on écrit des livres, pourquoi on chante des chansons, pour épancher des émotions et puis, pour les partager ces émotions, avec le public. Parce qu’on a des tas de choses en nous et moi, ce qui m’a frappé quand le film est sorti, c’est que j’avais carrément eu l’impression d’avoir exorcisé quelque chose, d’avoir fait une psychothérapie, sans vouloir intellectualiser le truc. Mais je me disais c’est fou parce que ce que je ressens depuis 40 ans, à l’automne quand la lumière est comme ci ou l’hiver quand il y a telle tempête, ce que je ressens en moi depuis toutes ces années, je l’ai mis en image et je le partage avec les gens. Et ça été vraiment une révélation, enfin un pas on va dire, pas une révélation  mais un pas, un pas vers le fait de se découvrir un petit peu plus.

Ce qui est intéressant ici est que Jean-Michel Bertrand illustre ce qu’est souvent le triple aspect d’une quête, lorsqu’elle emprunte le véhicule d’un projet, d’une recherche ou d’une création. Il y a l’objet lui-même de cette quête, il y a la résonance de cet objet à l’intérieur de la personne, qui fait de cette quête aussi une quête de soi-même, et puis il y a l’autre, le public ou le bénéficiaire, qui agit comme un catalyseur, suggérant qu’une quête doit comporter un don de quelque chose de soi à autrui pour que se déploie toute son alchimie.

Et puis, autre chose intéressante dans cette interview (parmi bien d’autres), Jean-Michel Bertrand parle de son prochain film, qui est aussi une prochaine quête, à moins que ce ne soit simplement la même quête qui se poursuive en changeant, en apparence, d’objet...

Une nouvelle quête s’impose à moi ; c’est le loup, et là, j’insiste bien, le loup sauvage dans les Alpes.... un défi colossal ; et pour ça, une implication totale c'est-à-dire plusieurs années vouées, dédiées à cette quête, avec des nuits et des nuits de bivouac, dehors, été comme hiver, donc vraiment une implication totale dans ce projet, une immersion totale dans la nature pour essayer de voir et de filmer cet animal. ... parce que cet animal impose des tas de choses dans notre subconscient et dans notre esprit ; c’est un animal qui prend une place, beaucoup plus importante d’ailleurs que ce qu’il est réellement, dans le subconscient et dans la symbolique et que, voilà, voir un loup, pouvoir regarder ses yeux, ça représente beaucoup de choses.

On notera l’expression « une nouvelle quête s’impose à moi ». Nous sommes souvent choisis par une quête plus que nous ne la choisissons... On remarquera également que Jean-Michel Bertrand, passant de l’aigle au loup, demeure à la recherche d’une rencontre avec l’animal archétypal, à qui l’homme, de mythes en mythes, a attribué toute sa grandeur symbolique : puissance et agilité du corps, osmose avec la nature, liberté et en même temps soumission aux lois de l’espèce, présence totale à l’instant et en même temps appartenance à un monde quasi-éternel ; « ils sont là depuis des millions d’années », dit-il. Sans doute ne finit-on jamais d’explorer comment ce symbole résonne en nous.  

Pour se procurer ce DVD : La Salamandre  http://catalogue.salamandre.net/dvd-vertige-dune-rencontre.pdt-461/

Nb: La Salamandre édite des revues, des livres et des films qui ne peuvent que toucher les amoureux de la nature :  http://www.salamandre.net/

vehicules4

Vous êtes ici : Les véhicules Rencontre avec l'aigle