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Ratatouille

Mars 2013

Ce film illustre assez bien ce que peut être une quête au travers de l’action dans le monde inspirée par une vocation. Il le fait avec une profondeur qu’on ne soupçonne pas forcément dans ce genre de production. En voici trois lectures complémentaires, pour ceux qui ont vu ou vont voir le film. Il ne s’agit pas ici de prétendre que toutes les quêtes, toutes les vocations ont les caractéristiques et les effets que l‘on trouve dans ce film, mais on peut voir cependant que les résonances avec la vie réelle sont fréquentes...

 Le conte

 Un conte peut être vu comme une allégorie de la quête de soi-même. On retrouve dans ce film la structure en trois phases des contes décrite par Joseph Campbell (Le héros aux mille et un visages – trad. française Oxus, 2010).

Première phase, que Campbell nomme le départ: le prince ou la princesse quitte le chateau de ses parents; ici, le héros, le rat Rémy, quitte un état initial relativement confortable mais pas pleinement satisfaisant, du fait d’un incident provoqué justement par sa passion pour les saveurs. Il est de ce fait séparé de sa famille et éloigné de son lieu de vie habituel.

Vient alors la phase d’épreuves et d’apprentissage, que Campbell nomme l'initiation.  Rémy continue à apprendre et, en même temps, il accomplit ses exploits. Il y a les ennemis extérieurs (le sous-chef, le critique) mais les pires sont en lui-même : Alfredo, son ami et son double, qui s’approprie le succès, Rémy qui prend la grosse tête et qui est aussi tiraillé par l’appartenance à sa famille. Il y a aussi chez Rémy le sentiment, entretenu par son père, qu’il ne peut pas collaborer avec des humains. L’épreuve clé est celle où son ami Alfredo semble tout perdre, lorsqu’il dit la vérité au sujet de la présence de Rémy en cuisine. Les ennemis extérieurs s’adoucissent alors, ou bien ne nuisent qu’en apparence ( en faisant fermer le restaurant).

Enfin, vient la phase que Campbell nomme le retour: le héros retrouve "son chateau". Rémy s’accomplit comme chef, et ses deux appartenances (sa famille et son métier) vivent en bonne harmonie. Alfredo et Colette forment un couple heureux.

Le héros a deux faces. Alfredo est la seconde ; il fonctionne comme le double de Rémy. Il ne sait pas qui il est, ne sait pas quoi faire dans la vie. Quand il l’apprend et reçoit le restaurant (grâce à Rémy), il doit passer l’épreuve de tout perdre en disant la vérité. Il y gagne son épouse. Il ne réussit que lorsqu’il obéit à sa vocation (incarnée par le rat Rémy).

 

 Histoire d’une vocation

 Dans la phase initiale, les talents de Rémy servent à un travail qui ne l’enthousiasme pas. Sa passion semble déplacée dans le monde où il est. Ce qu’il pressent pouvoir lui ouvrir une voie passionnante paraît impensable dans son entourage.

Une vocation est personnelle. Personne d’autre ne peut en décider pour nous.

 Rémy ne se sent pas comme les autres.  Il a le sentiment de ne pas pouvoir être ce qu’il voudrait du fait de sa condition ; il a le sentiment d’être un imposteur. Ce qui le tire, mais qu'il ne parvient donc pas toujours à croire, est ce que dit Gusteau : « Tout le monde peut cuisiner ».

Personne n’est « comme tout le monde ». Accepter d’être unique, accepter de croire en ses capacités, sont deux conditions majeures pour suivre sa vocation, ou sa voie dans le monde... et elles ne sont souvent pas faciles à remplir.

Puis, Rémy affirme ses talents, tout en continuant à s’instruire. A deux reprises dans le film, il explique à son frère sa passion : elle est d’explorer les infinis mélanges de saveur.

Une vocation, c’est une recherche, une question; c’est apprendre.

 Il surmonte définitivement ses tiraillements d’avec sa famille quand il assume sa vocation : il  dit « je suis cuisinier ». A la fin, il a lui-même une toque.  Finalement, sa vocation accomplie ne le sépare pas de sa famille, comme il aurait pu le craindre. Etre en harmonie avec soi-même est un bon moyen de créer de l’harmonie autour de soi même si l'on peut parfois craindre l'inverse. 

 

 Histoire d’une réconciliation avec soi-même

 Si l’on regarde maintenant l’ensemble des personnages comme les parties d’un même individu, on a au départ un état de clivage. Il y a les rats et les humains. Le rat est regardé par ces derniers avec mépris et dégoût, indésirable en cuisine ; il est la partie dite inférieure, sale, de soi-même.  Mais il a un odorat que les humains n’ont pas et l’équipe des rats (cette partie inférieure) se montre finalement plus solidaire que l’équipe des humains (la partie soi-disant supérieure).

En d’autres termes, cette partie dite inférieure peut receler du « sale » mais aussi ce qu’il y a de plus précieux, le « flair », l’intuition, et même une boussole qui nous guide dans la vie. On peut penser à un parallèle avec l’inconscient mais aussi avec ce que nous ne contrôlons pas en nous par la raison et le mental. Dans une quête comme dans le film, la raison et le mental ne peuvent que suivre, ce ne sont pas eux qui dirigent.

On voit dans le film comment les humains, au départ Alfredo puis ceux qui restent avec lui, petit à petit acceptent Rémy  et collaborent avec lui. Du coup, on passe d’un monde dur, masculin, à un monde plus harmonieux, où une femme (Colette) peut être une femme. Le succès extérieur (les 5 étoiles) n’y est plus la valeur de référence.  Les deux communautés, hommes et rats, vivent en paix.

On ne parvient au bout de sa quête que lorsque cette partie de soi-même n’est plus cachée (cf dans le film l’instant où la vérité éclate) et qu’elle est  acceptée et mobilisée. Suivre sa vocation est un moyen de se réconcilier avec soi-même.

 « Ratatouille », un film de Brad Bird,  a été produit en 2007 par Pixar Animation Studios.

 

Commentaires  

 
#1 luquin 29-04-2013 19:49
Commentaire magnifique. J'avais pris beaucoup de plaisir à voir ce film.
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